05.11.2009
D'Osaka vers Shikoku et Kochi

Arrivée à Kochi, dans l'ile de Shikoku, au sud d'Osaka. Pourquoi Kochi me direz-vous ? Parce que, vous répondrai-je ! Surtout, je me suis découvert une âme de joueur, tandis que j'étalais une carte du Japon devant moi, que je fermais les yeux et que d'un doigt hasardeux et mutin, je choisissais ma prochaine destination. La grande ile de Shikoku et Kochi au bord de la mer me plaisaient bien. Davantage qu'un village perdu au fin fond d'une campagne profonde, sans doute jolie, mais loin de tout et surtout près de rien.
Ici, cela ressemble à une ville du middle east américain grandie trop vite et trop soudainement dans le boum des années soixante. Rues au cordeau, beaucoup de maisons en bois, quelques immeubles que je devine construits anti-sismiques, et une multitude de petites entreprises abritées dans des hangars en tôle, du préfabriqué. La ville s'étale tout le long du littoral en reculant peu à peu vers les montagnes du centre de l'ile qui lui sert de limite obligée. Car Shikoku est extrèmement montagneuse. Pas de la haute montagne. De la montagne à l'échelle des Japonais, de la montagne bonzaï, et surtout entièrement recouverte de fôrets. Des arbres à perte de vue. Forêts touffues, profondes, impénétrables. On devine que l'obscurité règne dès les premiers mètres parcourus pour qui tenterait de s'y aventurer. Des essences inconnues, sortes de grandes fougères, cotoient des pins et des érables. Il m'a semblé reconnaitre des ormes, quelques chênes aussi. Au flanc des montagnes, on peut apercevoir des regroupements de différentes variérés se voisinant dans des tons chatoyants d'automne tout en sauvegardant jalousement le coin de rocher où ils s'accrochent. Les érables entre autre se font remarquer aussitôt par leur flamboiement. C'est magnifique. En regardant par la vitre du car qui m'emmenait, j'avais quelquefois le sentiment d'être au milieu d'une gravure du peintre Hokusai (allez voir sur google !) Un soleil pâle perçait à peine derrière la brume qui s'élevait au-dessus des cimes, et qui flottait comme un voile bleuté sur le vert tendre des pins torturés.
Une estampe japonaise...
Quatre heures de route, entre émerveillement et demi-sommeil, à voguer au-dessus de mers tourbillonnantes alors que nous franchissions un pont vertigineux. Je ne regrette pas mon voyage, ne serait-ce que pour ces paysages entrevus. Ce que l'homme crée avec les bonzais, je le voyais ici grandeur nature, à l'identique. Le bonzai n'est pas une vue de l'esprit de l'homme sur la nature, il est la nature telle qu'on la trouve réellement, parce qu'elle est ainsi faite au Japon. Les rochers jaillissants d'un sol moussu et tendre, les branches des arbres modelées par le vent et les éléments, les plus beaux se dévoilant dans les positions les plus dangereuses, au bord de précipices sans fond. Comme si le danger permanent d'y sombrer lui imposait une beauté et une grâce suprême afiin qu'on le remarque parmi les autres.
Kochi, donc...
A Tokyo, il était relativement aisé de se faire comprendre en anglais à peu près partout. A Osaka, la communication était déjà plus difficile, et il était fréquent qu'on aille chercher LA personne qui barragouinait ( venant du breton bara : pain, et gwin, le vin) la langue, sinon de Shakespeare, du moins de Mr Bean !
Ici, à Kochi, je me sens totalement incompris, et surtout analphabète ! Analphabète, je le sentais venir à mesure que je m'enfonçais dans le pays et que je m'éloignais de la capitale. Ce qui me manque ici, c'est de ne pas pouvoir lire. En occident, nous sommes continuellement agressés par les panneaux publicitaires dans les rues, en voiture, par des annonces aussi diverses qu'ininteressantes et qu'on lit malgré soi, n'en retenant finalement pas grand chose. Mais on les lit !
Et nous ne connaissons pas notre bonheur. Ici, il n'y a rien à lire, ou quasiment rien, puisque tout est en japonais. Alors, j'avoue quelque rares fois m'attarder sur des mots soudain arrachés à l'écriture kanji, pour lire avec délectation : Fuji, Grand ( grand quoi ? je ne sais pas...) Vesta, Toyota, Kamikaze... non, pas kamikaze.
Jamais plus je ne dirai de mal de "Mac Donald" ni de "Starsbucks". Ils deviennent mes repères occidentaux, mes haltes salvatrices me permettant de me ressourcer pour rebondir enfin vers des horizons nippons ni mauvais, que-ça-faisait-longtemps-que-je-ne-l'avais-pas-faite-et-qu'il-va-falloir-me-renouveler !
La communication, pour finir, devient alors purement gestuelle, comptant énormément, et sans scrupule, sur la patience et la bienveillance des Japonais pour obtenir une information qui m'est nécessaire. On devient imaginatif, créatif. On est tour à tour mime Marceau, acteur de butoh (Google... Google...) exagérant les sentiments et les émotions par force grimaces et gestes éloquants. Ensuite, à la fin de la représentation, je salue comme il se doit, en m'inclinant respectueusement face à un public tolérant.
On apprend à rester humble...
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