20.04.2010

Aventures et mésaventures

 

 

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Les voyages se succèdent et ne se ressemblent pas. Heureusement. Je n’aime pas nourrir une nostalgie de ce que j’ai vécu en remettant mes pieds là où je les ai déjà posés. Et puis, cela évite de corrompre les souvenirs, les beaux. Ma mémoire est sélective, et j’ai tendance à oublier les mauvais… Donc, je renouvelle les expériences, inaugure de nouveaux lieux, découvre des endroits inconnus. Je suis tombé amoureux de mon quartier d’Asakusa. J’y trouve ici l’idée que je me fais du Japon traditionnel, bien entretenu, il faut le dire, par les multiples boutiques d’artisanat et les sanctuaires qui surgissent à l’improviste entre deux maisons de bois sombre, ou deux immeubles modernes. La vie y parait simple, paisible et les femmes en kimono abondent. Elles marchent à petits pas, comme si le monde évoluait autour d’elles. Et je crois que c’est le cas. Quand l’une d’elle apparait, le temps se met à ralentir et on ne voit plus qu’elle. Fine et délicate, elle passe d’une boutique de porcelaines vers d’autres boutiques : bijoux, tissus, saisissant avec délicatesse chaque objet comme s’il était le plus précieux du monde. On lui prépare avec raffinement un joli paquet dans lequel sont alignés des biscuits au goût subtil.

Puis, de son sac brodé elle sort son téléphone portable et appelle son mari pour lui demander ce qu’il fabrique, et qu’elle l’attend depuis une plombe en faisant chauffer la carte bleue, et qu’il a intérêt à se grouiller que sinon, il ira dormir tout seul sur le tatami du salon ce soir

La tradition s’accommode de la modernité.

Depuis mon arrivée, je potasse mon japonais comme un fou, mémorisant les hiragana et les katakana, apprenant les phrases types et tentant de les adapter aux circonstances. Je me répète cent fois la phrase à dire dans la file d’attente du guichet, lèvres muettes et mouvantes, séparant les chuintantes des sifflantes, doutant de la bonne particule à utiliser et mon doute augmentant à mesure que la file décroit et que le guichet prend un format panoramique devant mes yeux hagards.

C’est mon tour.

Sueur au front, balbutiant, sachant pertinemment bien que ma phrase est fausse, j’éructe alors une bouillie verbale inaudible et finis par dire : « Do you speak english ? »

Bon ! Ce n’est pas toujours ainsi. Quelquefois, c’est pire quand la personne ne parle pas anglais.

Hier soir, je marchais de long en large dans ma toute petite chambre. C'est-à-dire, je tournais en rond sur moi-même, répétant tout un dialogue, enchainant les phrases que j’utiliserai dans un restaurant que je choisirai. J’imaginai la plupart des situations possibles : porc ou poulet, butaniku sotetomo toriniku, boire, nemu, manger, taberu… Tout bien quoi. Jusqu’à l’addition à demander dans les formes et les formules de politesse à dire quand on s’en va. Je me faisais mon film. Metteur en scène, je choisissais déjà les acteurs qui convenaient. Même ce que j’allais manger était déjà en train de cuire à l’avance dans mon esprit.

Et puis ce midi, je me suis lancé…

Je choisis le restaurant avec soin. Pas trop de monde pour que le serveur ou la serveuse ne soit pas débordé, et puisse avoir le temps de m’écouter et de discuter. Et puis pas trop vide non plus. Cela indique souvent un manque de qualité et les habitants du coin ont tendance à bouder. Finalement, dans une petite allée près du Senso-ji, je trouve l’endroit qui me semble idéal. Je rentre. Konichiwa ! Ok, konichiwa aussi… Trois petits vieux sans âge discutent en silence, économisant leurs paroles, tandis qu’un couple d’anglais ou d’américains regardent tout autour d’eux, l’air visiblement aussi perdu que moi. Une femme d’un certain âge, sans doute la patronne ou sa mère, m’invite à m’assoir et m’apporte une carte à touristes : que des photos avec les prix marqués dessous et les noms uniquement en kanji. Je lui demande dans mon meilleur japonais si elle a des plats avec du porc ou du poulet, ce qui me plairait beaucoup.

Quand un ou une asiatique fait les yeux ronds, c’est toujours très impressionnant. Je ne voyais pas où j’avais fait mon erreur. Je répéte, yukuri, lentement, et là, elle me répond quelque chose que je ne comprends pas non plus.

Haaaa !

Grand moment de solitude.

Pouf-pouf ! Au hasard, je pointe le doigt sur la photo d’un plat et celle d’une bouteille de bière. Besoin d’un remontant…

Quelques minutes plus tard, elle m’apporte une assiette fumante. J’essaye de relancer la conversation à nouveau en lui disant que ça me semble très bon et que justement, j’avais faim… voilà, voilà…

Mêmes yeux ronds, sourire en vrac et fuite tangentielle. Les anglais, ou les américains, ont l’air de mieux s’en sortir que moi, utilisant l’anglais pour éviter de se casser la tête.

Finalement, je décide de laisser tomber et attends le moment de l’addition. Là, elle comprend tout de suite et me remercie chaleureusement.

C’est alors que tout m’apparait clairement : j’étais dans un restaurant chinois…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Commentaires

bonsoir jm, juste deux mots, trop mignion!... a beintot,Dane

Ecrit par : dane | 23.04.2010

C'est gentil ^^ Merci Dane, à bientôt. bises JM

Ecrit par : Chosha | 23.04.2010

C'est gentil ^^ Merci Dane, à bientôt. bises JM

Ecrit par : Chosha | 23.04.2010

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